En tête de manifestation, hier à Rennes, des représentants de la CGT, de la CFDT, de la CFTC, de la CGC, de la FSU, de l'Unsa et de Solidaires portent une banderole commune : « Pour nos salaires, l'emploi public. Pour un service public de qualité et de proximité. Pour une meilleure reconnaissance du statut de la fonction publique. »
Les troupes de ce cortège (9 500 personnes selon la police, 25 000 selon la CGT) où l'on trouve aussi une grosse délégation FO, sont d'ailleurs essentiellement constituées de fonctionnaires ou assimilés : beaucoup de professeurs, des cheminots, des salariés d'EDF, de France Télécom... Il y a aussi quelques salariés du privé sans oublier de nombreux étudiants et quelques lycéens rennais.
En rentrant dans les rangs, c'est la diversité des manifestants qui est la plus marquante. Au hasard, voici André, 57 ans, en congés de fin de carrière à France Télécom. Sa première préoccupation est le pouvoir d'achat. « Ça baisse sans cesse. » Il est aussi présent par « solidarité avec les collègues contre les méthodes du gouvernement qui ne propose aucun vrai dialogue ». Pour lui, les cheminots vont suivre le même chemin que France Télécom.
« Défendre ma pension »
Marcel, cheminot retraité de 68 ans, est sur la même longueur d'onde. « Je participe au mouvement pour soutenir les actifs et défendre ma pension. Je vais inévitablement avoir moins d'argent. Par exemple, à cause des dépenses de santé. Plus on vieillit, plus on va chez le toubib, plus ça coûte cher. En fait, poursuit le militant de la CGT, j'ai l'impression que Sarkozy remet en cause tout ce qu'a décidé le Conseil national de la résistance au lendemain de la guerre. »
Tout près, Sandrine, technicienne de recherche dans un institut rennais (Insa) manifeste « contre l'autonomie des universités. Il va désormais falloir se débrouiller en cherchant des financements privés et pour les petits labos ça va être dur ».
Plus loin, Blandine, militante CFDT et salarié d'une association, est là par « solidarité avec mes collègues du public. De toute façon, en terme de pouvoir d'achat, le privé est autant concerné que le public. » Titouan, lycéen de 16 ans, est venu manifester, lui, en tant que « fils de prof. Et puis je serai concerné demain et après-demain », dit-il en évoquant les salaires, la fac... Et les suppressions de postes dans l'enseignement.
« Ce n'est pas ça la fac »
En parlant d'enseignement, Yann, ancien instituteur syndiqué à l'Unsa, trouve qu'on « ne s'y prendrait pas autrement si on voulait tuer la fonction publique. Moins il y aura de monde, moins ça marchera, plus il y aura de critiques et il n'y aura plus qu'à nous supprimer ! » Pauline, 29 ans et cinq ans d'enseignement, est elle aussi en colère. Au-delà de son soutien aux cheminots, elle demande : « J'ai 31 élèves dont quatre en grande difficulté. Comment je fais · J'espère ne pas être déçue par les syndicats. »
En fin de cortège, on retrouve les étudiants. Premier exemple avec Yann, 22 ans. Il veut éviter que la fac « devienne élitiste ». Jonathan, en sociologie à Rennes 2, complète : « Les fonds privés et la privatisation, ce n'est pas ça la fac. » Rachel, étudiante au CFMI (centre de formation des musiciens intervenants) donne le coup de grâce : « Tout le monde doit avoir accès à l'université. La privatisation, des niveaux différents de financement, l'autonomie, c'est aberrant. »
Gilles KERDREUX.
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