Lundi 2 octobre 2006
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13:58
Suite à la réunion de vendredi avec mes 2 directrices de thèse, Sylvie Tordjman et Martine Hausberger, mon projet de thèse est bien plus clair. Je vais donc l’expliciter pour ceux que ça intéresse.
Mon intitulé est :
Le lien à l’animal permet-il une récupération cognitive et sociale chez l’enfant autiste ?
Contexte de ma thèse
L'autisme est un syndrome clinique défini par un ensemble de troubles du comportement débutant avant l'âge de 3 ans qui se manifeste sous la forme d'un déficit des interactions sociales et de la communication. Dans de nombreux cas, les observations suggèrent que les enfants autistes en présence d’animaux (par exemple : dauphin, cheval) améliorent leur communication sociale. Bien que ces observations soient souvent rapportées, aucune étude scientifique n’a vraiment été menée sur ce sujet, et un besoin se fait sentir de mieux appréhender le type de relation établie entre l’enfant et l’animal, d’obtenir des données objectives et quantifiables quant aux apports de cette relation, les modalités d’interaction et leurs conséquences sur l’aptitude de l’enfant à communiquer et développer ses compétences cognitives : autant d’éléments essentiels pour proposer d’éventuels programmes de remédiation prenant en compte les caractéristiques de l’espèce animale (chevaux, chiens…), et le type de lien établi (animal dans la famille ou en institution). Des recherches menées sur des modèles animaux par l’équipe d’accueil suggèrent qu’un « substitut social » hétérospécifique puisse permettre un certain degré de récupération des fonctions cognitives chez des individus en déficit social ou sensoriel précoce. La place de l’animal dans le contexte de cette relation enfant-animal est également à définir, ce que seule l’observation précise des interactions peut permettre.
Buts
Le but de ma thèse est donc de recueillir des informations sur ces différents points afin de :
1) faire un état des lieux le plus objectif possible sur la relation entre présence d’un animal et possible amélioration des compétences cognitives et sociales,
2) appréhender les mécanismes possibles et les types d’interactions en jeu dans cette relation
3) faire alors des propositions de remédiation : type d’animal, contexte de mise en relation, moment dans le développement de l’enfant, transfert du lien enfant-animal vers un lien enfant autiste- adulte/enfant non autiste.
Déroulement de la thèse et résultats attendus
Le déroulement de ma thèse bénéficiera de la collaboration étroite, sous forme de codirection, entre deux équipes : l’éthologie et la pédopsychiatrie. Il s’agit d’une recherche d’interface qui permettra dans un premier temps de bénéficier des acquis d’une étude longitudinale menée par l’équipe de pédopsychiatrie sur une période de plus de dix ans auprès d’une cohorte d’enfants autistes évaluée régulièrement tant sur le plan de la communication verbale et non verbale qu’au niveau des interactions sociales. Les évaluations sont réalisées avec l’échelle américaine ADOS (Autism Diagnostic Observation Schedule) à partir d’une observation directe de l’enfant dans une situation de jeu semi-standardisée et qui permet d’évaluer la sévérité des troubles autistiques, notamment dans les domaines de la communication et des interactions sociales. Dans un deuxième temps, sur la base de ces données, des observations in situ des interactions entre l’enfant et l’animal seront réalisées en utilisant les compétences de l’éthologie.
La première étape consistera donc à traiter une base de données très complète obtenues par l’équipe de pédopsychiatrie, à partir de la passation annuelle de l’ADOS depuis 12 ans auprès de 78 enfants avec autisme selon les critères diagnostiques de la classification américaine (DSM-IV), de l’OMS (CIM-10) et de la classification française (CFTMEA : Classification Française des Troubles Mentaux de l’Enfant et de l’Adolescent).
Nous pourrons ainsi évaluer
1) si des différences importantes statistiques sont notables entre les familles ayant ou non un animal familier avec lequel l’enfant interagit (chien surtout mais tous animaux dans un premier temps),
2) si ces différences dépendent du type de lien établi (relation privilégiée ou non au sein de la famille entre l’enfant autiste et l’animal),
3) si des modifications significatives de la communication et des interactions sociales peuvent être observées en relation avec l’arrivée de l’animal ou dans les semaines, mois ou années suivantes.
En fonction des résultats, la deuxième étape consistera à aller dans les familles consentantes faire des observations précises des interactions entre l’enfant et l’animal afin d’évaluer très précisément les modalités d’interactions.
La troisième étape consistera, en fonction des résultats obtenus, à évaluer les stratégies de remédiation possibles, utilisant potentiellement le lien à l’animal pour favoriser le développement des capacités sensorielles et sociales.
Voilà, pour les courageux, arrivés jusque là, le programme de mes 3 prochaines années. Nous sommes en pourparler avec le centre de ressource sur l’Autisme de Brest pour récupérer une autre base de données sur une cohorte d’enfants autistes plus large (un échantillon de plus de 300 familles) dont l’évaluation des traits autistiques se fait sur l’échelle CARS.
Si le projet aboutit, j’aurais entre mes mains, 2 échantillons totalement indépendants, ce qui permettrait d’avoir une étude plus forte et plus percutante si les mêmes résultats ressortent. Dans le même temps, je suivrai une formation pour utiliser
la CARS , afin de pouvoir faire passer directement les tests de détection des troubles autistiques. Ainsi, je confirmerai ma double compétence et accentue mes possibilités de sortie après la thèse.
Si tout va bien, d’ici peu, j’aurais une stagiaire de Master 1 qui travaillera en collaboration avec moi pour développer un pan nouveau de ma thèse, à savoir, l’importance de l’équithérapie sur la récupération sociale et cognitive chez l’enfant autiste. En fait, si son projet, et le mien avec le centre de ressources de l’autisme aboutissent, je serai amener à passer 2 jours dans la semaine à Brest.
Voilà pour les nouvelles concernant mon projet. Je suis ravie de la tournure que cela prend, même si je réalise que cela est un travail de Titan. Mais j’aurais l’impression de servir à quelque chose…..